Pourquoi la carte du monde vous ment
Aucune carte plane d'une planète ronde ne peut être honnête sur tout. La plus courante a choisi le cap plutôt que la superficie, et ce choix a façonné notre image du monde.
Question du jourLes nombres à connaître
Une carte faite pour les marins
Gerardus Mercator a publié sa projection en 1569 dans un seul but : la navigation. Sur sa carte, une ligne droite est un cap à relèvement constant. Un capitaine pouvait tracer un trait entre deux ports, en lire l'angle et tenir ce cap pendant des semaines. Aucune projection avant elle ne le permettait.
Le prix à payer, c'est la superficie. Pour conserver les angles, la projection étire d'est en ouest à mesure que l'on s'éloigne de l'équateur, et elle doit étirer du nord au sud exactement autant pour garder localement les formes justes. Près des pôles, l'étirement s'emballe.
De combien elle étire
- À l'équateur, aucune déformation.
- À 45 degrés, à hauteur de Milan ou de Minneapolis, les superficies sont gonflées environ deux fois.
- À 60 degrés, à hauteur d'Oslo ou d'Anchorage, environ quatre fois.
- À 75 degrés, dans le nord du Groenland, environ quinze fois.
- Aux pôles, à l'infini. C'est pour cela que les cartes de Mercator coupent purement et simplement l'Antarctique.
Ce qu'elle a fait à notre carte mentale
Parce que cette projection a rempli les salles de classe, les atlas puis les cartes en ligne, des générations ont grandi avec un nord surdimensionné. Le Canada, la Russie, la Scandinavie et le Groenland paraissent tous bien plus imposants qu'ils ne le sont, tandis que les pays proches de l'équateur, la majeure partie de l'Afrique, l'Indonésie et le Brésil, paraissent plus petits.
La déformation est géométrique, pas politique. Elle s'applique autant à l'Alaska qu'au Congo. Mais son effet sur notre image du monde est bien réel, et il survit longtemps après que l'on a cessé de regarder la carte.
Les cartes qui corrigent, et ce qu'elles abîment
Les projections équivalentes comme Gall-Peters, la projection de Mollweide ou Equal Earth donnent la taille réelle de chaque territoire. Elles le paient en formes : sur Gall-Peters, les pays semblent étirés et amincis, ce qui explique qu'elle n'ait jamais été adoptée pour la navigation ni pour la plupart des atlas.
Aucune carte n'est juste sur tout à la fois. C'est un théorème, pas un manque d'efforts : une sphère ne s'aplatit pas sans déchirure ni étirement. Chaque projection est un choix sur l'erreur avec laquelle on accepte de vivre.
Pourquoi les cartes en ligne l'utilisent encore
Les cartes en ligne utilisent une variante appelée Web Mercator. Elle conserve la propriété qui compte quand vous zoomez sur une rue : un carré reste un carré, et le nord reste en haut. À l'échelle d'une ville, la déformation des superficies est invisible. Elle ne devient absurde que lorsque la même carte est dézoomée jusqu'à la planète entière, c'est-à-dire exactement la vue que tout le monde connaît.
La seule vérification fiable
Pour comparer honnêtement deux territoires, mettez-les à la même échelle et regardez. C'est ce que fait la catégorie Géographie de Size It Up : chaque contour est tracé à une seule et même échelle, et vous en redimensionnez un face à un autre jusqu'à ce que les proportions tombent juste. La plupart des joueurs découvrent que leur premier réflexe se trompait d'un facteur deux ou plus.
FAQ
Pourquoi le Groenland paraît-il si grand sur les cartes ?
Parce que la projection de Mercator gonfle les superficies à mesure que l'on s'éloigne de l'équateur, et que le Groenland se situe très au nord. À sa latitude, le gonflement dépasse un facteur dix.
La projection de Mercator est-elle fausse ?
Non, elle est exacte pour ce qu'elle devait faire : conserver les caps au compas. Elle est simplement le mauvais outil pour la comparaison de taille des pays.
Quelle projection montre la taille réelle des pays ?
N'importe quelle projection équivalente, comme Gall-Peters, la projection de Mollweide ou Equal Earth. Elles donnent des superficies exactes, mais déforment les formes.
Une carte peut-elle être exacte en tout point ?
Non. Aplatir une sphère introduit toujours une déformation. Une projection peut conserver les angles, ou les superficies, ou les distances le long de certaines lignes, mais jamais tout à la fois.